Le loup bossu

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Le loup bossu


Il était une fois un vieil homme qui s'appelait Nic.
Il était laid et bossu. Les villageois se moquaient de lui.
Aussi, il vivait tout seul, dans une petite cabane.

L'hiver est venu, la neige est tombée.
Parfois, on entend les loups hurler là-bas dans la forêt.
Le soir de Noël, il y a un grand ciel noir plein d'étoiles
au-dessus du village tout blanc. C'est une belle nuit de Noël.
Les villageois s'en vont à l'église en se saluant.
Soudain, quelqu'un vient sur le chemin.
C'est le vieux Nic, et il y a un loup à côté de lui !

Mais un loup affreux, les pattes tordues, l'échine de travers :
c'est un loup bossu ! les villageois s'écrient :
-  Mon Dieu, quelle horreur, ce loup !
Et vite, vite, tout le monde entre dans l'église et on ferme les grandes portes.
Nic et le loup restent tout seuls, dehors, dans la neige et le froid.
Alors le vieux Nic dit :
- Viens, loup bossu. Tes frères loups ne veulent pas de toi.
Mais tu vois, moi non plus, les hommes ne veulent pas de moi.
Viens, nous fêterons Noël à notre façon.
Et, tout en marchant dans la rue, il joue un air triste et gai à la fois.
Loup-bossu le suit en bougeant ses oreilles.
Les étoiles brillent plus fort.
Et les ombres de Nic et du loup se mettent à danser dans la neige.
Pendant ce temps, dans l'église, les villageois chantent Noël.
Pourtant ils ne se sentent pas à l'aise.
Les grandes portes sont bien fermées, mais ils sentent
un courant d'air froid leur passer dans le cou.
Et quand ils arrêtent de chanter, ils entendent le violon de Nic,
qui joue un air triste et gai à la fois.
Alors ils se remettent vite à chanter en ouvrant grande la bouche.
Mais le violon de Nic reste dans leurs oreilles
et le vent froid continue de passer à travers les portes fermées.
Quand la messe de minuit est finie,
chacun court vers sa maison, vite, vite, sans se retourner.
Et on fait semblant de ne pas entendre le violon de Nic
qui joue un air triste et gai à la fois.
Chacun ferme sa porte. On chante, on réveillonne.
Mais dans leurs maisons bien closes, les villageois ne se sentent pas à l'aise.
Le vent froid continue de passer à travers les portes fermées.
Le violon de Nic continue de jouer un air triste et gai à la fois.
Les villageois rient de plus en plus fort, et ils se sentent de plus en plus tristes.
Pourtant dans une des maisons, il y a une petite fille
qui ne rit pas, qui ne chante pas et qui ne mange pas.
Elle reste à la fenêtre, le nez contre la vitre, et elle écoute le violon de Nic.
Soudain, elle dit :
- Comme se serait bien si on pouvait danser au son de ce violon !
Aussitôt, le courant d'air froid cesse de passer à travers la porte.
Les gens se regardent et ils disent timidement :
- C'est vrai, ce serait bien si on pouvait danser au son du violon !
Alors, ils se sentent si contents qu'ils vont frapper à la maison voisine :
- Dites, ce serait bien si on pouvait danser au son du violon !
Bientôt tous les gens du village sont rassemblés sur la place.
Alors, la vieille Hilda déclare :
- On dansera dans ma grange, c'est la plus grande !
Au bout du chemin, le vieux Nic voit tous les villageois qui s'avancent vers lui.
Il s'arrête de jouer et Loup-Bossu se met à gronder.
Mais la petite fille court vers eux en criant :
- C'est Noël ! Venez !  Il faut que nous dansions au son de ce violon !
Alors le vieux Nic joue un air si joyeux, si entraînant,
que les jeunes et les vieux, les gars et les filles,
tout le monde se prend par la main et s'en va en farandole
vers la grange de la vieille Hilda.
Nic vient derrière avec son violon, puis Loup-Bossu, remuant ses oreilles.
Les étoiles brillent plus fort, les ombres des villageois se mettent à danser sur la neige.
Et c'est drôle, mais depuis cette nuit-là, on trouve que Nic et Loup-Bossu
ne sont pas si bossus que ça.

                                                                                                      Marie-Hélène Delval


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