Le vieux boeuf de Bethléem

Publié le par Service

Le vieux boeuf de Bethléem

"Allez, pousse-toi, fainéant !"
A ces mots, le vieux boeuf qui somnolait sursaute. Il comprend très vite ce qui se passe.Son maître vient d'acheter un jeune boeuf, très fort, très solide. Avec philosophie, la vieille bête se pousse et cherche à se rendormir, sitôt le maître parti.
Mais le jeune boeuf est plutôt du genre bavard : "Pardon, m'sieur. Je ne voulais pas prendre votre place. J'espère que vous n'êtes pas trop mal installé...
- Ne t'en fais pas, petit. J'en ai vu d'autres, va !"
Il se retourne alors dans un gros bâillement. Le jeune boeuf reprend, timidement " Abon, il y a eu beaucoup de boeufs avant moi ? Ils étaient forts ? Le travail est difficile ?"
La vieille bête se retourne, en soupirant : "Non, tu es le premier depuis des années. Je voulais dire par là que ce n'est pas la première fois que je dois me pousser, comme ça, en pleine nuit. Et puis, surtout, après ce que j'ai vu, je peux te dire, plus rien ne m'étonne !"
Intigué, le jeune demande : "Et vous avez vu quoi, au juste ?"
Le vieux boeuf se redresse, tout fier :
" Eh bien, vois-tu, c'était une belle nuit d'hiver. Il faisait un froid de canard, mon petit ! Avec mon copain, un âne - il est mort l'an dernier -, on se serrit pour se tenir chaud. Et voilà que notre ma^tre entre dans l'étable, nous pousse et installe..."
Le conteur fait une pause pour ménager son effet. "... Il installe un homme et sa femme qui attendait un bébé. Il y avait un monde fou au village et plus une auberge de libre, alors mon maître leur a rendu service et, dans la nuit, le bébé est né. Un petit garçon, tout mignon. Avec l'âne, on avait peur qu'il ne prenne froid. Alors, pendant que ses parents dormaient, on lui a soufflé dessus, pour qu'il ait bien chaud.
- Ah, oui, c'est gentil, ça..."
Le jeune boeuf n'a pas l'air de trouver l'histoire extraordinaire. Le boeuf continue :
" Attends ! c'est la suite qui est incroyable : des bergers sont arrivés de tout le pays et puis des gens, très riches, avec plein de cadeaux.
- Des cadeaux ? Pour un bébé né dans la paille ?
- Exactement. Tous semblaient prendre ce bébé pour un roi. Mieux encore : tous ont dit que cet enfant était le Sauveur que les hommes attendaient, qu'il allait apporter le bonheur sur la Terre ! Alors, mon petit, depuis ce jour, j'ai compris beaucoup de choses. Chercher à être le plus fort, à avoir la meilleure place est sans intérêt. La naissance de ce petit, voilà le plus important."

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Publié dans Contes

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